Questions sur les raids israéliens à Gaza

Pour la troisième journée consécutive, l’armée israélienne poursuit lundi une offensive aérienne sans précédent sur la bande de Gaza. D’après un dernier bilan, plus de 310 personnes ont péri, en grande majorité des policiers du Hamas et des activistes lanceurs de roquettes sur le territoire Israélien. On dénombre également plus de 1420 blessés. Pour tenter de comprendre les raisons de cette nouvelle escalade dans le conflit, objectivité.org rapporte l’interview du site lepoint.fr qui a interrogé deux experts : Antoine Sfeir, directeur des Cahiers de l’Orient , et Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes.

Pourquoi une opération aussi massive de la part d’Israël ?

Baptisée « Plomb durci », l’opération militaire lancée samedi par les forces armées israéliennes en réponse aux tirs de roquettes du mouvement islamiste (fondamentaliste, cf. la Charte du Hamas, ndlr) Hamas dans la bande de Gaza est la plus meurtrière sur ce territoire depuis la guerre des Six Jours, en 1967. Si la virulence de cette riposte a pu surprendre, elle était pourtant à prévoir, d’après de nombreux analystes. Les élections législatives du 10 février en Israël approchant à grands pas, le gouvernement veut à tout prix montrer que l’alliance entre le parti Kadima et les travaillistes est capable de protéger les intérêts sécuritaires d’Israël. En embuscade, Benjamin Netanyahou, à la tête du Likoud, qui a axé sa campagne sur une action musclée à Gaza. Autre explication pouvant expliquer la violence de la réplique : « Israël veut rétablir son image dissuasive perdue en 2006 contre le Hezbollah », souligne Antoine Basbous. Objectivité.org tient tout de même à souligner ces propos réducteurs car la principale raison de ces attaques n’est pas électoraliste, et encore moins par souci de rétablir une image dissuasive, qui pour autant n’est pas perdue, comme l’affirme Antoine Basbous, puisque de fait, le Hezbollah (mouvement terroriste pro-Iranien basé au Liban) n’a plus réagit depuis la dernière Guerre du Liban. L’objectif principal et essentiel de cette riposte Israélienne est de mettre une terme définitif aux tirs de roquettes en territoire Israélien car ces tirs durent depuis plus de 8 ans déjà et aucunes solutions (politique, cessé-le-feu, sanctions) déjà éprouvée n’a fonctionné.

Quels sont les objectifs poursuivis par Israël ?

Officiellement, le dessein de l’armée israélienne Tsahal est sécuritaire : il s’agit à la fois de mettre fin aux tirs de roquettes en direction du sud d’Israël qui se sont accrus depuis début novembre (mais qui n’ont jamais cessé depuis huit années, ndlr) et de faire cesser la contrebande d’armes entre Gaza et l’Égypte (qui elle n’a jamais cessée depuis plus de 30 ans, ndlr). Le Hamas ayant refusé, le 19 décembre, de prolonger la trêve (qu’il n’a même pas respecté, ndlr), Israël s’est alors saisi de l’argument sécuritaire pour en faire un thème de campagne en vue des élections législatives. Objectivité.org tient une fois de plus à souligner ces propos réducteurs (voir ci-avant).

Mais officieusement (et officiellement, ndlr), il s’agit de porter un coup à la puissance militaire et politique du Hamas. « Israël est engagé dans une guerre sans merci contre le mouvement islamiste Hamas dans la bande de Gaza », a même déclaré lundi le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak. Pour Antoine Sfeir, « Israël veut affaiblir le plus possible le Hamas avant les élections en Palestine. De tous les points de vue, Israël avait intérêt à cette escalade ». Objectivité.org tient une fois de plus à souligner ces propos réducteurs (voir ci-avant). En effet, cette « escalade » n’est dans l’intérêt d’Israël que si l’objectif d’un arrêt des tirs de roquettes en territoire Israélien est atteint, et non comme l’affirme Antoine Sfeir (objectif électoraliste).

Une intervention terrestre israélienne à Gaza est-elle plausible ?

Pour le moment, les attaques sont aériennes mais plusieurs indices laissent présager une attaque terrestre. Le secteur frontalier longeant la bande de Gaza a été décrété lundi « zone militaire fermée » par l’armée israélienne, et le gouvernement a rappelé au moins 6.500 réservistes. Mais Antoine Basbous ne croit pas à un tel scénario : « À mon sens, Israël ne voudra pas réinvestir la bande de Gaza ni s’enliser dans un conflit, mais lancer des attaques ponctuelles coup-de-poing où le risque ne sera pas élevé. Israël peut continuer à infliger de lourds dégâts aux infrastructures palestiniennes (Infrastructures du mouvement terroriste Hamas pour être exact, ndlr) et poursuivre ses interventions jusqu’à obtenir une victoire massive. »

Y a-t-il une issue au conflit ?

Sans surprise, le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, a soutenu l’appel des dirigeants du Hamas pour mener une troisième intifada contre Israël et une reprise des attentats-suicides. Pour sa part, le chef en exil du Hamas, Khaled Mechaal, s’est dit prêt à « conclure une trêve à Gaza si Israël accept[ait] un cessez-le-feu et lev[ait] son blocus de la bande de Gaza ». Du côté d’Israël, le Premier ministre Ehoud Olmert prédit des combats « longs, douloureux et difficiles ».

Pour mettre fin à la dégradation de la situation, une solution diplomatique n’est pas évidente. « Seules les images insoutenables diffusées par la télévision peuvent émouvoir et ainsi pousser les gouvernements arabes à réagir en faisant pression sur les Occidentaux », analyse Antoine Basbous. Pour ce dernier, Israël bénéficie actuellement d’une grande marge de manœuvre en raison d’un « vide institutionnel » à Washington et en Europe puisque l’administration Obama n’est pas encore en place et que la France s’apprête à rendre la présidence de l’Union européenne, le 31 décembre. Objectivité.org tient à souligner ici l’importance accordée aux « images » et à la campagne de communication pro-palestinienne (désinformations ?) qui vise à manipuler les foules et les gouvernements (arabes et occidentaux), comme l’analyse Antoine Basbous (cf. texte en gras ci-avant).

De son côté, Antoine Sfeir précise que si Israël poursuit des objectifs uniquement sécuritaires, le problème n’en sera que retardé dans la mesure où une issue politique est nécessaire. « Il est certain que le Hamas a besoin avant tout d’être reconnu. La communauté internationale est prise entre le marteau et l’enclume puisqu’elle a refusé de parler avec le mouvement jusque-là. Or, le Hamas a formé un gouvernement issu des élections législatives de 2005. »

Cependant, le mouvement terroriste a un chemin périlleux à parcourir avant une éventuelle reconnaissance, selon Objectivité.org. En effet, le Hamas figure sur la liste des organisations terroristes du Conseil de l’Union européenne, du Canada, du Japon, des États-Unis et d’Israël. Les attaques de sa branche armée visent indistinctement civils et militaires israéliens. Petit historique non-exhaustif:

1994

* 6 avril: opération-kamikaze à la voiture piégée à Afoula : 8 morts, 44 blessés

* 13 avril: opération-kamikaze dans un autobus à Hadera : 5 morts

* 19 octobre: opération-kamikaze dans l’autobus n° 5 rue Dizengoff à Tel-Aviv : 22 morts

* 11 novembre : opération-kamikaze au point de passage de Netzarim : 3 morts

1995

* 22 janvier double opération près de Netanya, qui fait 19 morts ; c’est la première opération réalisée conjointement par le Hamas et le Jihad islamique

* 9 avril: opération-kamikaze dans l’autobus n°36 d’Egged : 9 morts, 50 blessés

* 24 juillet: opération-kamikaze dans l’autobus n°20 de Ramat-Gan : 6 morts, 30 blessés

* 21 août: une femme kamikaze se fait exploser dans l’autobus n°26 à Jérusalem : 4 morts, plus de 100 blessés

1996

* 25 février: opération-kamikaze à la gare routière d’Ashquelon : 1 mort

* 25 février : Premier attentat kamikaze touchant le bus n° 18 à Jérusalem : 26 morts et 80 blessés

* 3 mars : Second attentat kamikaze touchant le bus n° 18 à Jérusalem : 19 morts et 7 blessés

* 4 mars : attentat kamikaze durant les festivités de Pourim au Centre Dizengoff de Tel Aviv : 14 morts et 130 blessés, dont de nombreux enfants déguisés pour la fête

1997

* 21 mars : attentat-kamikaze au café Appropo, à Tel Aviv : 3 morts

* 30 juillet : attentat-kamikaze au marché Mahane Yehuda, à Jérusalem ; 16 morts et 178 blessés

* 4 septembre : trois kamikazes se font exploser simultanément dans la rue piétonne Ben Yehouda, à Jérusalem ; 7 morts (dont les terroristes) et de nombreux blessés

2001

* 1er juin: opération-kamikaze devant une discothèque à Tel-Aviv ; 21 morts et 120 blessés

* 9 août: opération-kamikaze à la pizzeria Sbarro, à Jérusalem ; 15 morts et 107 blessés

* 1er décembre: double opération-kamikaze rue Ben Yehuda à Jérusalem ; 11 morts, 180 blessés

* 2 décembre: opération-kamikaze dans le bus n° 16 à Haïfa; 15 morts et 40 blessés

2002

* 27 mars: attentat-suicide dans la salle à manger de l’hôtel Park de Netanya, où 250 personnes dînaient à l’occasion de Pessah (Pâque juive) ; 30 morts et 140 blessés ; de nombreuses victimes étaient des survivants de la Shoah

* 31 mars: opération-kamikaze à Haïfa ; 15 morts, 40 blessés

* 10 avril: opération-kamikaze dans un car ; 8 morts, 22 blessés

* 7 mai: opération-kamikaze à Rishon LeZion, dans une salle de billard ; 15 morts, 55 blessés

* 19 mai: opération-kamikaze dans la bande de Gaza ; 3 morts, 59 blessés

* 8 juin: opération commando à Karmei Tzur ; 2 morts, dont une femme soldate

* 18 juin: opération-kamikaze dans un bus à Jérusalem ; 19 morts, 74 blessés

* 16 juillet: opération-kamikaze dans le bus 189 Immanuel – Bnei Brak : 9 morts

* 31 juillet: opération-kamikaze à la cafétéria de l’Université Hébraïque de Jérusalem ; 9 morts, et 85 blessés

* 4 août: opération-kamikaze à la gare routière de Meron, dans le nord d’Israël ; 9 morts ; le terroriste possédait la nationalité israélienne

* 19 septembre: un kamikaze se fait exploser devant la Grande Synagogue de Tel Aviv : 6 morts

* 21 novembre: opération-kamikaze dans un bus bondé au cœur de Jérusalem sur la ligne 20 ; bilan : 11 morts et plus de 50 blessés

2003

* 5 mars: opération-kamikaze dans un bus allant à l’université de Haïfa ; 16 morts, 55 blessés

* 30 avril: quelques heures après la nomination de Mahmoud Abbas comme Premier ministre palestinien, opération-kamikaze à Tel-Aviv, au café Mike’s Place : 3 morts (dont la Franco-Israélienne Caroline Hass) et 60 blessés

* 11 juillet: opération-kamikaze dans le bus n°14 à Jérusalem : 17 morts

* 19 août: un palestinien, prêcheur dans une mosquée de Hébron, se fait exploser dans un bus rempli d’enfants retournant du Kotel; le kamikaze était déguisé en Juif religieux et avait rempli sa bombe de billes de métal pour causer le maximum de victimes : 23 morts et 130 blessés

2004

* 14 mars: opération-kamikaze près du port d’Ashdod : 10 morts ; opération menée conjointement avec les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa du Fatah

* 31 août: double opération-kamikaze dans deux bus à Beer Sheva ; 16 morts, 100 blessés

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