Les ambiguïtés de Mahmoud Abbas

Par Le Figaro, 30 décembre 2008

L’opération israélienne contre le Hamas est en train de consommer la scission entre les deux entités palestiniennes, la Cisjordanie et la bande de Gaza.

Officiellement, l’Autorité palestinienne, qui contrôle la Cisjordanie, s’est montrée solidaire du mouvement islamiste rival. Le premier ministre palestinien a «condamné vigoureusement» l’attaque israélienne et appelé à son arrêt immédiat. L’Organisation de libération de la Palestine, dirigée par le président palestinien Mahmoud Abbas, a appelé à la grève et à des marches de solidarité avec Gaza. Abbas a aussi déclaré avoir «entamé des contacts urgents avec plusieurs pays arabes et autres pour faire cesser l’agression lâche et les massacres dans la bande de Gaza».

Mais il n’en reste pas moins que le sort du Hamas, avec lequel l’Autorité palestinienne est en crise ouverte – depuis que le mouvement islamiste a évincé par la force ses représentants à Gaza, en juin 2007 – ne désole peut-être pas totalement celle-ci.

Mahmoud Abbas, dont le mandat s’achève le 9 janvier prochain, et que le Hamas a annoncé ne plus reconnaître au-delà de cette date, a ouvertement critiqué l’attitude du mouvement, en lui faisant en partie porter la responsabilité du déclenchement de l’attaque israélienne. «Nous avons demandé au Hamas de reconduire la trêve», a déclaré Mahmoud Abbas depuis Le Caire, après un entretien avec le président égyptien, Hosni Moubarak. «Nous leur avons dit : s’il vous plaît, ne mettez pas fin à la trêve, poursuivez la trêve. Nous aurions pu alors éviter tout ce qui s’est passé», a-t-il expliqué.

En porte-à-faux

La trêve négociée pour une durée de six mois par l’intermédiaire de l’Égypte entre Israël et le Hamas n’était quasiment plus en vigueur depuis début novembre, mais sa reconduction, demandée par Israël, avait été rejetée par le Hamas après son expiration le 19 décembre dernier.

Mahmoud Abbas

Mahmoud Abbas (à droite) a déclaré avoir «entamé des contacts urgents avec plusieurs pays arabes et autres pour faire cesser l'agression lâche et les massacres dans la bande de Gaza».

L’opération israélienne place Mahmoud Abbas dans une situation délicate. Si certains officiels de l’Autorité palestinienne ne voient pas d’un trop mauvais œil la destruction de l’appareil du Hamas, qui les avait évincés de la bande de Gaza, le président palestinien risque de se retrouver en porte-à-faux avec son opinion publique.

À Hébron, ville de Cisjordanie où le Hamas compte de nombreux sympathisants, la police palestinienne a ouvert le feu sur des manifestants qui protestaient contre l’offensive israélienne, blessant trois personnes. Les policiers ont aussi dû intervenir près de Bethléem contre des émeutiers qui lançaient des cocktails Molotov contre une tour de guet israélienne.

Abbas, dont les forces de sécurité ont arrêté de nombreux membres du Hamas en Cisjordanie, risque ainsi d’apparaître aux Palestiniens comme un valet des Israéliens. Alors que la popularité du Hamas va croissant dans l’opinion palestinienne, les élections législatives et présidentielle anticipées que Mahmoud Abbas souhaite organiser prochainement, contre l’avis du Hamas, pourraient tourner autrement que de la façon souhaitée.

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