Le « secret » des tunnels de contrebande du Hamas

Par شفاف الشرق الأوسط.

Plus d’un millier de galeries souterraines permettent au Hamas de s’approvisionner clandestinement en armes de plus en plus sophistiquées.

À Rafah, on les appelle « les nouveaux riches » : de jeunes hommes d’affaires aux 4×4 rutilants qui ont fait for­tune dans l’industrie des tunnels de contrebande avec l’Égypte, employant une armée de petites mains, des ouvriers au chômage ou des gosses qui fanfaronnent à moto dans les rues de cette ville frontalière au sud de la bande de Gaza. Pour Israël, la fin de la contrebande d’armes est une condition pour stopper son offensive militaire. Pour le Hamas, ces cavités souterraines sont, au contraire, essentielles pour se maintenir à flot face au blocus de Gaza et affronter militairement Tsahal.

Les tunnels de Rafah, c’est un peu comme l’Arlésienne d’Alphonse Daudet. Pendant longtemps, tout le monde en parlait, mais personne ne les voyait. Et pour cause, jusqu’à la seconde intifada en 2000, leurs propriétaires étaient protégés par des responsables de services de sécurité de l’Autorité palestinienne, qui en verrouillaient l’accès. Les premiers faisaient bénéficier leurs protecteurs d’une partie de la rente. Le trafic portait sur des cigarettes, du lait, des vêtements, des pièces détachées de voitures, de la drogue également, ainsi qu’accessoirement sur quelques prostituées russes que la mafia acheminait ainsi en Israël. Bref, un trafic, comme on en trouve dans la plupart des zones frontalières du Moyen-Orient, où l’autorité de l’État est souvent défaillante.

Cent dollars pour chaque mètre creusé

À partir de fin 2000, la donne a changé : les insurgés palestiniens ont utilisé ces galeries pour s’approvisionner en armes. Tsahal a commencé à livrer une lutte sans merci contre le creusement de ces tunnels, n’hésitant pas à raser les quartiers supposés les cacher. Des Palestiniens sont morts, ensevelis sous le sable, mais d’autres ont continué de remuer la terre. Le retrait israélien de la bande de Gaza à l’été 2005 et la prise de contrôle du territoire par le Hamas en juin 2007 ont alors renforcé cette contrebande d’armes, qui va des pièces détachées de roquettes iraniennes ou chinoises, aux missiles antiaériens, en passant par des tonnes de TNT et autres explosifs, indispensables à la détonation des missiles que le Hamas tire sur le sud d’Israël.

« Jusqu’au retrait israélien, les creusements se faisaient uniquement la nuit. La journée, les gens avaient peur des patrouilles de Tsahal », se souvient Mohammed, un habitant de Rafah, au fait de ces trafics en tout genre. Le percement de ces tunnels est devenu la principale activité économique de Rafah, et un mode de redistribution sociale, savamment contrôlé par le Hamas, avec ses règles, ses tarifs, et même son vocabulaire propre. « Celui qui creuse est appelé le coupeur, le propriétaire la tête du serpent, et la fraiseuse pour perforer, un lapin », raconte Mohammed.

Une équipe de « coupeurs » perçoit en moyenne 100 dollars chaque mètre de tunnel dégagé. Côté égyptien, on compterait environ 850 entrées de cavités, et 1 250 à Rafah, chez les Palestiniens, sur quatorze kilomètres de frontières. « Des tunnels sont en effet apparus qui se subdivisent en deux boyaux », précise Mohammed, soulignant ainsi la sophistication croissante de ces galeries. En Égypte, les entrées peuvent être situées aussi bien dans des maisons qu’au milieu de champs d’oliviers ou d’amandiers. Un militaire français se souvient d’une de ses visites dans le Sinaï : « Je sentais de l’air frais du placard d’une maison, j’ai demandé d’où ça venait, on m’a répondu tout naturellement d’un tunnel. En ouvrant le placard, j’ai découvert une cheminée à bord franc qui plongeait profondément sous terre. » On y descend grâce à une nacelle actionnée par un treuil électrique. Certains tunnels sont équipés d’interphones pour communiquer avec la surface. Pour éviter les appareils de détection, les plus profonds vont jusqu’à 30 mètres sous terre. Leur largeur, en revanche, ne dépasse pas « celle d’un homme à quatre pattes ». Quant à la hauteur, les « tunnels de luxe », étayés par une armature en bois, atteignent la taille d’un homme (1,70 m environ).

Les Israéliens ayant détruit beaucoup de maisons le long de la frontière, les trafiquants ont riposté en accroissant leur longueur. « Des galeries plongent jusqu’à 800 mètres, à l’intérieur de zones urbanisées », observe le militaire français.

Depuis 2007, le Hamas a la haute main sur les trafics, tout en laissant agir d’autres « opérateurs », moyennant le paiement d’une taxe annuelle de 10 000 dollars pour avoir le droit de percer un tunnel. En revanche, les autres groupes palestiniens engagés dans la lutte contre Israël sont exemptés de cette dîme, ce qui n’empêche pas le Hamas de bien surveiller leurs approvisionnements en armes. Et si un ouvrier est tué par un éboulement, le Hamas exigera que le propriétaire de la cavité verse l’équivalent de 20 000 euros à sa famille.

Chaque mois, le Hamas empocherait entre 6 et 8 millions d’euros de revenus. Un trafic particulièrement lucratif pour une organisation terroriste (inscrite sur la liste des organisations terroristes par l’Union européenne et les États-Unis), et donc presque privée des subsides internationaux pour payer ses milliers de fonctionnaires qui administrent la bande de Gaza depuis le renversement de l’Autorité palestinienne par les islamistes en 2007. Cela dit, le détournement de l’aide internationale à des fins terroristes n’est plus à démontrer car la question n’est pas de savoir si elle existe mais quand est-ce qu’elle prendra fin pour se consacrer aux Palestiniens qui en ont cruellement besoin pour vivre en paix.

Policiers égyptiens corrompus

Derrière le Hamas, « les rois des tunnels » sont aussi les grandes familles de Rafah (El-Sha’er, Qishtah, Barhoum), dont les membres sont dispersés de part et d’autre de la frontière, depuis le retrait israélien du Sinaï en 1982. S’y ajoutent côté égyptien, les Bédouins qui « gardent » les entrées, moyennant bien sûr un pourcentage (30 % environ) de la fraude. Mais après l’instauration de la trêve entre Israël et le Hamas, en juin dernier, les habitants de Rafah ont vu arriver d’autres mercanti : « les gros commerçants de Gaza, dont l’activité s’était effondrée avec le blocus, se sont mis à acheter de nombreux tunnels entre 100 000 et 120 000 dollars chacun », affirme Mohammed. En élargissant l’éventail de ses bénéficiaires, le Hamas renforçait du même coup son réseau d’obligés.

Au Caire, tous les diplomates le reconnaissent : la sécurité égyptienne n’ignore rien de cette contrebande en tout genre, véritable soupape pour une région lointaine, délaissée par les autorités. « Les policiers envoyés surveiller les souterrains viennent de la vallée du Nil, ces déracinés qu’on dépêche là-bas ne sont pas les majors de promotion », regrette un expert occidental. Leur désir de réprimer les trafics est d’autant moins grand que la plupart d’entre eux « toucheraient » entre 50 et 80 dollars chaque mois, en échange de leur silence. Pas étonnant que dans le désert de Rafah d’autres solidarités se créent : « Juste après avoir été avertis de l’imminence de bombardements israéliens contre des tunnels, des policiers égyptiens se précipitent à la frontière pour nous avertir, en criant », raconte un autre habitant de Rafah.

Après avoir beaucoup rechigné, les Égyptiens ont enfin accepté de sécuriser leur frontière. Jusqu’où peuvent-ils aller ? Déjà, l’été dernier après la visite d’une délégation de parlementaires américains, Le Caire s’était résolu à inonder les entrées d’une douzaine de tunnels. « De vieux passages hors d’usage, minimise Mohammed, on avait bien compris qu’il s’agissait simplement de faire plaisir aux Américains. » En attendant, malgré les centaines de bombes israéliennes larguées depuis quinze jours sur Rafah, de nombreux tunnels restent opérationnels. Ces derniers jours, deux équipes de médecins arabes ont encore avancé clandestinement dans le sous-sol en gruyère de Rafah.

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4 comments for “Le « secret » des tunnels de contrebande du Hamas

  1. ABIDI
    15 janvier 2009 at 4 h 32 min

    Regardez l’évolution de la lutte palestinienne:
    * ils ont commencés par lancer des pierres a l’intifada1
    * les bombes martyrs a l’Intifada 2
    * le lancer de rocquetes actuellement
    et je vous laisse vous meme deviner comment la lutte palestinienne va progresser,tant que cet etat nazis continu de massacrer le peuple palestinien
    dont ce que je suis sur que la lutte palestinienne va progresser et va trouver tous les moyens qui leurs permet de liberer leurs terre volée ,malgre tous l’arsenal nucleair et l’appui de l’imperialisme a cet etat nazis, (L’adjectif s’accorde avec le nom, nazi ne prend pas de-s; Nous sommes tout à fait d’accord avec vous, les mouvements terroristes palestiniens, et pas tous les palestiniens, ne savent qu’une chose, surenchérir à la violence et à la haine. Nous précisons de plus que ceux que vous glorifiez en les appelant bombes-martyrs sont en réalité des auteurs d’attentats suicides, qui n’ont rien à voir avec des martyrs, cf. la définition d’un martyrs: un individu qui est persécuté, torturé et tué pour sa foi ou ses croyances philosophiques, les chrétiens avant Constantin par exemple en comptent beaucoup. Cela n’a rien à voir avec un individu qui, parce qu’il croit (à tort) que tuer des juifs est de son devoir (et lui permettrait de profiter au paradis de 71 vierges !) et n’a aucun respect pour la vie humaine, fusse-t-elle la sienne, va se faire sauter parmi des civils pour y faire un maximum de dégâts. Rajoutons enfin que le terme arabe de Shahid ne signifie en aucun cas, quelqu’un qui tue, mais veut dire littéralement « le manifeste » par opposition au caché (Ra’ib), ndlr) car cette force et ces massacres ne nous fait plus peur (et le verbe s’accorde en genre et en nombre avec le sujet, et vous voulez plutôt dire que les attentats suicides et autres massacres n’ont jamais fait peur aux terroristes palestiniens, et que même en l’absence de réaction israelienne, rien ne les a empêché de tuer, ndlr)

  2. J.E.L
    20 janvier 2009 at 17 h 58 min

    Je suggère au premier commentaire de retourner à l’école et de suivre attentivement les cours d’histoire et ceux d’orthographe par la même occasion. Le français n’étant pas non plus ma langue maternelle, j’essaierai d’éviter les grossières fautes.

    Les voleurs: ce sont les amalekiens, les grecques puis les romains, les mamelouks, les croisés, les ottomans… tous ceux la ont systématiquement pillé MA terre et y ont déporté Mon peuple, avec interdiction d’y revenir. Or, l’image de ce juif à la tête basse et au dos courbe acceptant son sort imposé par les voleurs, ça n’existe plus! Et c’est ça qui dérange le monde !

    Enfin, le temps est venu de revenir chez soi, de rebâtir sa maison et d’y chasser les intrus ! (Nous vous rappelons que « les intrus » sont les terroristes, et non l’ensemble des palestiniens, ndlr) De plus, cela fait 8 longues années que ces intrus lancent des missiles sur notre population, et que nous nous sommes fort restreints d’y répondre. Et comme les terroristes utilisent leurs enfants, leurs femmes, leurs écoles, leurs hôpitaux, et leurs mosquées comme boucliers, la population ne doit s’en prendre qu’a ses dirigeants!

    Quant au nom nazi… vous oubliez que le mufti était le plus grand admirateur et supporter d’Hitler… même signes de main, même couleur d’uniforme, même cris, même haine… Tout est dans l’éducation… et comme disant Golda Meir, « lorsque les arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils nous détestent, il y aura une possibilité de paix ».

    Mais quand tout est basé sur du mensonge, de l’utopie et de la haine de la vie, et sur le culte de la mort… il n’y a qu’un seul moyen: rayer ces sous humains de la surface de la, de notre, de ma terre. J’extirpe le cancer pour être vivant… c’est de la survie et du positivisme !

  3. O.P.
    24 janvier 2009 at 21 h 25 min

    JEL

    Notons qu’en 1914 il y avait 60.000 juifs en Palestine. Maintenant, il y en a près de 5 millions, la grande majorité est venu par immigration.
    En 1914 il y avait 700.000 Arabes en Palestine, maintenant il y en a près de 5 millions.

    D’un point de vue statistique, les juifs sont donc les intrus.

    (Au premier millénaire avant notre ère, la Palestine connaît une forte poussée démographique. Elle croule même sous le poids des hommes, d’où une première vague d’émigration juive vers les autres contrées du Moyen Orient et de la Méditerranée que l’on appelle diaspora (diaspora est un mot grec qui se traduit en français par… dispersion). Cette émigration est contrainte par Nabuchodonosor qui déporte les habitants juifs de la Judée à Babylone. À l’époque du Christ, au début de notre ère, on évalue la population de la Palestine à près de trois millions d’habitants, juifs pour la plupart, ce qui est énorme pour l’époque (l’empire romain à son apogée compte environ 50 millions d’âmes et le monde entier, environ 250 millions). La victoire de Titus, les ravages la deuxième destruction du temple juif et la civilisation gréco-romaine accélèrent l’émigration juive hors de la Palestine. Les juifs vont rejoindre les nombreuses communautés de la diaspora déjà installées en Mésopotamie, en Égypte et autour de la Méditerranée, parfois depuis plusieurs siècles. Au deuxième siècle de notre ère, la diaspora représente les quatre cinquièmes de la population juive. Dans la Méditerranée orientale, les juifs constituent à eux seuls un cinquième de la population. Ils sont plus nombreux à Alexandrie qu’à Jérusalem ! D’un point de vue statistique, et surtout historique, les populations autres que juives seraient-elles donc les intrus ? Le choix de la date « 1914 » est donc un choix subjectif à des fins argumentatives certes justes statistiquement en 1914, mais faussent historiquement. L’argument quantitatif n’est donc pas valable car non-objectif, puisque l’histoire ne commence pas en 1914, ndlr)

  4. Antoine
    29 mars 2009 at 23 h 20 min

    Je tient juste à rappeler que avant JC, il n’existait que la religion juive donc tout les croyants étaient juifs. (Quelle naïveté et méconnaissance la plus basique de l’histoire du monde et des religions!!!, nous sommes effarés de la piètre qualité de votre raisonnement: NON avant J.C il n’y avait pas que des croyants juifs, îl y avait des païens dont le panthéon religieux n’est pas folklorique et bête, il y avait une multitude de cultes, dont la bible fait état, celui de baal et d’astarté, celui de Moloch etc. Et loin de nous l’idée de prendre à la lettre le texte biblique, nous disons donc que cette promesse du texte s’adresse aux enfants d’Israël, c’est à dire de Jacob, et qu’en vertu de cette croyance au texte, les juifs s’y sont établis historiquement avec la conquête de Josué et qu’ils ont donc une prééminence historique sur les palestiniens, ndlr)
    Donc si je suis votre raisonnement, c’est la terre promise à l’humanité et non pas à une communauté.
    Ne chercher pas des excuses vous ne mentez cas vous même. Ce qui a été volé sera restituer tôt ou tard, vive la Palestine vive l’humanité. (si vous pensez l’histoire des peuples et des États avec des catégories aussi opérantes que le vol et la croyance que la Vérité fantasmée triomphera plus tard, vous êtes ni plus ni moins un membre des romantiques, ndlr)

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