Le rapport sur les « crimes israéliens à Gaza » embarrasse l’Autorité Palestinienne

Le report de la discussion du rapport Goldstone sur le comportement de l’armée israélienne pendant son offensive (défensive) contre Gaza, est vivement dénoncé par le Hamas, mais aussi par la Syrie et d’autres pays arabes, au point d’embarrasser sérieusement l’Autorité Palestinienne qui serait à l’origine de cet ajournement. Mahmoud Abbas s’en défend, mais d’ores et déjà, son ministre de l’Économie a démissionné, et plusieurs hauts responsables du Fatah font entendre leur mécontentement.

L’embarras de l’Autorité Palestinienne tient au fait qu’elle serait à l’origine de la demande de report de la discussion, aux Nations Unies, du rapport Goldstone. Celui-ci est très critique à l’égard de l’armée israélienne pendant son opération « Plomb durci » à Gaza, en décembre et janvier derniers. Le rapport, établi par un groupe de cinq personnes, sous la direction du juge Richard Goldstone, désigné par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, décrit dans 575 pages, des « actes assimilables à des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », qui ont été commis par Tsahal.

Le représentant de l’Autorité Palestinienne auprès des Nations Unies a demandé et obtenu le report de la discussion de ce rapport pour le moins « explosif ». Mahmoud Abbas, très critiqué – en guise de protestation, la Syrie vient de reporter la visite du Président de l’Autorité palestinienne prévue le 6 octobre à Damas – a réagi en annonçant la création d’une commission d’enquête chargée de faire la lumière sur ce dossier, et dément avoir demandé ou cautionné ce report. Mais sans convaincre. Un vent de grogne souffle sur le Fatah et sur son Comité central, et le ministre de l’Économie du gouvernement Fayyad, Bassam Khouri, a démissionné samedi, jugeant que « la délégation palestinienne au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a manqué de fermeté sur le rapport Goldstone ». L’Autorité Palestinienne clame son innocence et affirme que « la demande du report a été formulée par plusieurs pays arabes, africains et islamiques », sans les identifier.

Mahmoud Abbas est dans une très mauvaise posture. En effet, selon plusieurs sources, Israël a menacé de publier des enregistrements embarrassants pour l’Autorité palestinienne, l’obligeant à retirer son soutien au rapport Goldstone. Selon le site islammemo.cc, les enregistrements audio et vidéo, en possession de Tel-Aviv, prouvent que des responsables palestiniens, dont Tayeb Abdelrahim (secrétaire général de la présidence de l’Autorité palestinienne), sont intervenus auprès du ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, pour le convaincre de « poursuivre la guerre contre Gaza ». L’état-major israélien aurait refusé, prétextant « le risque encouru pour les civils ». Face à ces hésitations, Abdelrahim aurait insisté, estimant que « les victimes avaient voté pour le Hamas, choisissant ainsi leur sort ».

Alors que l’Égypte s’apprête à sceller la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, obtenue après plusieurs mois d’âpres négociations, ces révélations viennent alimenter la querelle inter-palestinienne et éloigner un peu plus toute perspective d’unification. Le Hamas accuse Abbas de « se laver les mains avec le sang de Gaza » et exploite son succès dans l’échange des prisonnières contre la vidéo de Guilad Shalit pour confirmer la justesse de sa politique et enfoncer davantage l’Autorité Palestinienne et les pays arabes modérés qui la soutiennent.

Chawki Freïha

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