Le rapport qui accuse le CBSP

Par Clément Weill-Raynal

Disponible sur Internet, un document met en lumière les liens entre le Hamas et le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), une organisation caritative basée en France. C’est un rapport, jusqu’à présent confidentiel, établi par les renseignements militaires israéliens qui est désormais diffusé sur Internet (dans sa version française) par le Center for Special Studies, un institut de recherches israélien spécialisé dans les questions de terrorisme.

Au printemps 2003, il avait été transmis aux autorités françaises pour les alerter sur les relations financières entretenues par le Comité de Bienfaisance et de Secours aux Palestiniens (CBSP), une organisation humanitaire dans l’Hexagone, et les diverses institutions du Hamas. Le parquet de Paris avait alors ouvert une enquête préliminaire sur les activités du CBSP et chargé la Division Nationale Antiterroriste (DNAT) de mener les investigations. L’enquête avait conclu à « l’absence de financement d’activités terroristes ». Le document disponible sur Internet permettra au lecteur de juger sur pièces. Ce dossier est constitué de nombreux fac-similés et de l’analyse d’échanges de correspondance entre le CBSP et les associations de bienfaisance islamiques basées en Cisjordanie, accusées par Israël de couvrir les activités du Hamas.

Ces documents, qui ont été saisis lors d’opérations de Tsahal, notamment à Djénine et à Ramallah, semblent indiquer que le CBSP utiliserait une partie des importantes sommes d’argent qu’il collecte en France pour soutenir les familles de terroristes tués dans des attentats-suicides. Les dirigeants du CBSP ont régulièrement qualifié ces accusations de « ridicules » tout en précisant que l’association consacre une part importante de son action aux « 3.000 orphelins palestiniens ». Les nombreux documents reproduits dans le rapport de 67 pages du Center for Spécial Studies établissent pourtant la réalité de très nombreux virements financiers entre l’organisation caritative française et diverses institutions palestiniennes affiliées au Hamas.

Le rapport détaille le système de transfert de fonds entre le CBSP et le Comité de Charité de Ramallah-Al Bireh, affilié au Hamas. « Très actif dans les domaines de la santé et de l’éducation, le Comité participe également à l’infrastructure terroriste du Hamas. Il blanchit les dons et achemine les fonds de l’étranger selon un complexe de transfert » écrivent les experts du Center for Special Studies. Parmi les pièces saisies par l’armée israélienne, un virement du CBSP de 49.964 dollars en date du 2 juillet 2001 au profit du Comité de Charité de Ramallah. La somme provient de la Banque Arabe de New York, 520 Madison Avenue. Un autre virement du CBSP de 10.669 marks allemands du 12 septembre 2001 provient d’un compte ouvert à l’Arab Bank de Francfort. Le document détaille également les transferts de fonds effectués par le CBSP vers diverses institutions caritatives palestiniennes basées à Ramallah, Bethléem, Tulkarem… lesquelles sont clairement affiliées au Hamas. A plusieurs reprises, les libellés des virements ne laissent guère planer le doute. L’argent est destiné à « aider » les familles des Shahids, les « martyrs » tués dans des attentats-suicides.

Pour les Israéliens, ces actions financières constituent bel et bien un soutien indirect au terrorisme du Hamas. En août 2003, les autorités américaines avaient bloqué ou gelé les avoirs bancaires du CBSP aux États-Unis et avaient demandé à la France de procéder pareillement. Jusqu’à présent, l’association de soutien à la cause palestinienne a pu continuer sas campagnes de collectes sur le sol français sans plus de tracas. Au mois de mars dernier, lors des 22e rencontres des Musulmans de France au Bourget, organisées par l’Union des Organisations Islamiques (UOIF) dont il est un membre important, le CBSP a diffusé sur son stand de nombreuses cassettes à la gloire du Hamas et de son fondateur, le cheikh Ahmed Yassine. Ces cassettes de chansons et de discours glorifiaient les attentats-suicides et appelaient à « brûler les juifs ». Leur mise en vente serait probablement passée inaperçue si le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF) n’avait pas alerté les pouvoirs publics. « Le dossier du CBSP est un dossier sensible en France » confie un spécialiste du terrorisme islamiste. Loin d’être seulement judiciaire ou policière, la question est de toute façon essentiellement politique».

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