L’Iran met à prix la tête du président égyptien Hosni Moubarak

Par Khaled Asmar

Ce qui se déroule à Gaza dévoile davantage les ambitions régionale de l’Iran. Directement ou à travers la presse du Hezbollah, Téhéran accentue la pression sur l’Égypte et l’Arabie saoudite. Les Iraniens accusent la famille royale saoudienne de comploter contre Gaza et proposent une prime d’un million de dollars à quiconque assassinerait le président égyptien Hosni Moubarak.

Le commandant des forces spéciales des Gardiens de la Révolution, le général iranien Mohammed Ali Jaafari, a affirmé hier dimanche que « les moyens dont dispose le Hamas à Gaza suffisent pour défendre la ville contre les crimes sionistes. Mais le massacre dont les Palestiniens sont victimes restera gravé sur le front des comploteurs, et précisément sur le front de certains dirigeants arabes. Tout musulman qui abandonne les Palestiniens aux sionistes sera sanctionné par l’humanité et par Dieu… »

Dans le sillage de cette surenchère iranienne officielle, les organisations estudiantines iraniennes ainsi que les « organisations des martyrs et des opprimés » (la kyrielle d’associations liées à la Révolution iranienne et à la Mollarchie) se sont réunies à Téhéran, hier, et ont décidé d’allouer « une prime d’un million de dollars à toute personne qui exécutera le terroriste international Hosni Moubarak ». D’autres primes sont également allouées à ceux qui assassineraient des responsables israéliens.

En outre, des étudiants ont observé un sit-in de soutien à Gaza, hier à Machhad, où ils ont appelé le gouvernement iranien à « fermer le détroit d’Ormuz » et à « cesser immédiatement les exportations de pétrole vers les pays qui soutiennent l’agression israélienne ». Les étudiants ont insisté sur la nécessité de fermer le détroit d’Ormuz tant que l’Egypte ferme le point de passage de Rafah devant les Palestiniens.

Au niveau officiel, Ali Larijani, chef du Majliss Echoura iranien, a affirmé que « les agresseurs sionistes recevront de plus en plus de coups destructeurs de la part des résistants palestiniens, et Gaza sera leur cimetière grâce à la défense héroïque des Moudjahidin Palestiniens ». Le vice-président de la commission parlementaire de sécurité nationale et des affaires étrangères a quant à lui attribué la responsabilité de la situation à Gaza et du devenir des Palestiniens aux « régimes saoudien et égyptien qui cautionnent les sionistes ». Il a réitéré les appels à la révolution déjà formulés par l’Iran, en appelant « les peuples d’Arabie et d’Egypte à se mobiliser pour obtenir l’ouverture des frontières avec Gaza ». Ainsi, l’Iran accuse les dirigeants arabes de « trahir les Palestiniens » et invite les peuples à « éradiquer l’entité sioniste, ses symboles, ses alliés et toutes ses ramifications régionales ».

Gaza est victime d’un règlement de comptes régional

Les médias du Hezbollah, comme le quotidien « Al-Akhbar » et la télévision « Al-Manar » prennent le relai et poursuivent l’attaque lancée déjà par la presse syrienne contre l’Égypte et l’Arabie. Le Caire et Riyad sont pris à partie pour leur soutien apporté à l’Autorité palestinienne contre le Hamas et à la majorité parlementaire libanaise contre la Syrie et le Hezbollah. Les critiques contre l’Égypte et l’Arabie sont aussi liées à leur soutien au Tribunal international qui menace le régime syrien et le Hezbollah, suspectés d’implication directe ou indirecte dans l’assassinat de l’ancien premier ministre libanais Rafik Hariri. C’est pour y échapper que la Syrie vient de demander, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Walid Al-Moallem, la création d’un Tribunal international pour juger les Israéliens responsables des crimes commis à Gaza. Damas entend ainsi monnayer le Tribunal pour Hariri contre le Tribunal pour Gaza. C’est sans doute une idée que défendra demain Bachar Al-Assad devant Nicolas Sarkozy, qui doit désormais rechercher une solution à la crise de Gaza au lieu de demander des comptes à la Syrie dans le dossier libanais.

Notons que les Egyptiens affirment avoir démantelé, ces dernières semaines, plusieurs réseaux terroristes du Hezbollah qui tentaient d’infiltrer le Sinaï avec des faux documents, et d’avoir arrêté au moins trois membres du parti chiite libanais en Égypte. Le Caire estime que le Hezbollah menace sa sécurité nationale, notamment à travers les liens tissés avec les bédouins du Sinaï. Les services égyptiens suspectent cette alliance d’être responsable de nombreux attentats anti-israéliens qui ont eu lieu ces dernières années à Charm El-Cheïkh notamment. Les Saoudiens suspectent aussi le Hezbollah de déstabiliser les monarchies du Golfe pour le compte de l’Iran.

Le conflit de Gaza sert ainsi d’un contexte pour le règlement des comptes entre les différents belligérants régionaux. Le Hezbollah concentre ses accusations sur le prince Bandar Ben Sultan, chef du Conseil de sécurité saoudien et ancien ambassadeur à Washington. Selon les médias de l’axe syro-iranien, Bandar « coopère étroitement avec les sionistes, comme il avait coopéré avec Al-Qaïda au Liban à travers le Fatah Al-Islam pour frapper la résistance et le Hezbollah ! » Un mensonge de très mauvais goût qui cherche à occulter la responsabilité prouvée de la Syrie dans la manipulation du terrorisme.

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