Haine online…

« J’aurais pu effacer tous les Juifs de la surface du globe, mais j’en ai laissé quelques uns. Ainsi, vous pourrez comprendre pourquoi j’ai voulu les anéantir. » Voilà ce qu’on peut lire en arabe sur un groupe Facebook à la gloire d’Hitler. La police et les couleurs rappellent l’univers de Disney, comme si le groupe traitait de Mickey Mouse ou Donald Duck, et non d’un dictateur génocidaire.

Ceci n’est qu’un exemple de contenu haineux sur Internet. Le Centre Simon Wiesenthal a en effet publié un rapport sur Facebook, YouTube et les autres médias sociaux, qui détaille les sites Internet propageant des messages de haine. Ce rapport a été présenté au ministère israélien des Affaires étrangères lundi.

Le rapport pointe quelques 10.000 sites, jeux ou messages en ligne. Au vu de la difficulté de contrôler le cyber-espace, le rapport remarque que le Web est devenu un outil essentiel des extrémistes et terroristes du monde entier.

Selon le Doyen associé au Centre Wiesenthal, le rabbin Abraham Cooper, Internet stimule la haine : « on ne peut pas dire qu’Internet puisse transformer quelqu’un en bigot, c’est absurde. Par contre, on peut accuser Internet d’inciter à la haine. »

Cooper a pris comme exemple la fusillade de la semaine dernière au Mémorial de Washington pour la Shoah. Le tireur prônant la suprématie blanche « avait son propre site web. »

Aucun groupe, aucune minorité n’est épargnée. Les sites répertoriés par le Centre Wiesenthal ont des contenus antisémites, anti-Noirs, anti-homosexuels, anti-émigrés, et même anti-Roumains ou anti-Italiens. En supplément de leur rhétorique haineuse, de nombreux sites indiquent comment porter une arme ou fabriquer une bombe. D’autres louent, sur un ton lyrique, les attentats-suicides, ou appellent à la protection de la « race blanche ».

Mais si la haine en ligne va croissant, elle existe depuis la création d’Internet. Le Centre Wiesenthal répertoriait 6.000 sites web de nature haineuse en 2006, quand ce nombre a aujourd’hui presque doublé. Selon le rapport, l’augmentation vient principalement des sites sociaux comme Facebook ou YouTube. 30% des messages haineux viennent du seul Facebook. Les pays concernés sont principalement européens et moyen-orientaux.

Des représentants du Centre Wiesenthal ont rencontré des dirigeants de Facebook, leur demandant de supprimer les messages qui violaient le contrat d’utilisation. Mais avec plus de 200 millions d’usagers, et des milliers de nouveaux groupes se créant chaque jour, les dirigeants ont été pris de vitesse. Certains sites ont des milliers d’ « amis », ce qui permet aux messages de se propager très rapidement.

Au Yémen, par exemple, un imam d’origine américaine utilise Facebook pour diffuser un message pro-djihad à destination des anglophones. Au Royaume-Uni, un groupe qui souhaite rétablir le califat islamique poste des vidéos sur YouTube, vues par des milliers de personnes. Et en Grèce, les skinheads utilisent Photobucket, un site de partage de photographies en ligne, pour poster des photos et des vidéos racistes, en espérant ainsi rallier des soutiens à leur cause, et trouver de nouvelles recrues.

L’un des exemples les plus glaçants donnés par le Centre Wiesenthal est celui des négationnistes qui utilisent YouTube pour poster des images de propagande nazie pour « prouver  » la légitimité de leur cause. L’un des films, appelé « la Réalité des camps d’extermination nazis » est basé sur un film allemand de 1944 : « Terezin, un film documentaire sur la réimplantation des Juifs », créé par les Allemands pour dissiper les rumeurs d’extermination des Juifs pendant le Troisième Reich.

Cooper estime tout de même que les extrémistes ont échoué dans leur but de créer un mouvement de masse à l’aide d’Internet, mais la haine incontrôlée sur la toile pose un sérieux problème selon lui.

De tels messages ont déjà « conduit certains individus à commettre des actes antisémites » estime Cooper. Il faut instaurer un consortium entre les gouvernements concernés et la communauté Internet.

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