Géostratégie : L’Iran crée un axe stratégique en Mer Rouge

Une enquête menée conjointement par le magazine français « Le Nouvel Observateur » et la chaîne RFI, fait état d’une concentration et d’une activité militaires de plus en plus importantes dans la Mer Rouge, plus précisément près des côtes Érythréennes, donc très loin des eaux territoriales iraniennes. RFI titre « Des Pasdarans iraniens en Érythrée » pour bien montrer qu’il s’agit-là d’une tentative de la part de Téhéran de renforcer sa présence dans cette région.

D’après cette investigation, cela fait maintenant six mois environ que des bâtiments de guerre, dont un sous-marin, appartenant aux « Gardiens de la Révolution » sont arrivés en Érythrée et mouillent dans le port d’Assab, le tout avec la bénédiction des autorités d’Asmara, capitale de l’Érythrée, mais aussi de son puissant et dangereux voisin soudanais, Omar Al-Bachir. Ce port est situé à un point hautement stratégique sur la Mer Rouge, car il se trouve non loin du Détroit de Bab-El-Mandeb qui sépare la Mer Rouge du Golfe d’Aden et l’Océan Indien. C’est par cette zone que transitent d’innombrables convois maritimes transportant des carburants pour l’Occident, équivalents au quart de la consommation mondiale, ainsi que de des marchandises représentant 10% du commerce mondial.

Il semble que l’Iran ait choisi de poser déjà quelque pions sur l’échiquier moyen oriental, mais cette fois-ci du côté africain, dans la perspective de déclenchement d’une crise grave avec la communauté internationale à propos du programme nucléaire de Téhéran. A ce moment, l’Iran serait capable de lancer un « Jihad maritime » dans cette zone capitale pour l’approvisionnement en énergie des pays méditerranéens mais aussi européens.

Depuis quelques années déjà, l’Iran déploie une intense activité pour prendre le contrôle de certains détroits stratégiques. En 2008 déjà, Téhéran avait menacé de prendre de force le contrôle du Détroit d’Ormuz, qui de trouve à l’est de la Péninsule arabique et sépare l’Iran des Emirats arabes.

Et pendant que l’Iran avance ses pions, l’Océan indien et la Mer Rouge sont devenues depuis une année des zones extrêmement surveillées par les forces occidentales, l’OTAN, l’Union Européenne, la 5e Flotte US mais aussi la Russie et la Chine, qui font la chasse aux pirates somaliens, qui, ce n’est pas impossible, pourraient faire partie de la stratégie iranienne de faire diversion. Mais d’une autre côté, il semble impossible que les manœuvres iraniennes passent inaperçues des bâtiments et des appareils de reconnaissance occidentaux qui se trouvent déjà dans la région. Les Forces françaises et américaines, par exemple, possèdent leurs bases à Djibouti, qui n’est séparée du port d’Assab que de quelques dizaines de kilomètres, et qui fait face au Détroit de Bab-El-Mandeb.

Les stratèges se demandent quelles sont les intentions de l’Iran dans cette région. Certaines sources font état d’un acheminement par l’Iran de missiles de moyenne portée sur le sol érythréen. Si cela était confirmé, cela indiquerait que l’Iran pourrait frapper Israël ainsi que des États arabes sunnites par d’autres points que depuis son territoire national.

Israël est conscient de ce danger et exerce depuis un moment une intense activité de Renseignement en Érythrée, mais aussi militaire comme on a pu le voir durant ces derniers mois, face à des convois iraniens d’armement à destination de la Bande de Gaza.

Les Pasdarans, ou « Gardiens de la Révolution », possèdent le monopole par rapport à l’armée régulière iranienne quant à l’utilisation des missiles balistiques. Ils affirment « que ces missiles acheminés dans la corne de l’Afrique sont en pièces détachées ». Jérusalem a fait savoir « qu’il n’accepterait en aucun cas que ces missiles soient montés et déployées, et que l’État hébreu avait déjà prouvé à plusieurs reprises qu’il était capable de frapper loin de ses bases ».

Ce qui se dessine aujourd’hui est donc une alliance antioccidentale générée par Téhéran avec l’Erythrée et le Soudan, en espérant plus tard se voir rejoindre par la Somalie. Le Soudan cherche à se trouver des alliés surtout depuis l’inculpation de son dirigeant Omar Al-Bachir pour crimes contre l’Humanité, au Darfour, et l’Erythrée, de son côté cherche de l’aide contre son ennemi juré Ethiopien, allié principal des Etats-Unis dans la région. Le gouvernement d’Asmara soutient d’ailleurs activement les séparatistes de l’Ogaden, région d’Éthiopie peuplée majoritairement de Somalie, tout comme il soutient depuis longtemps les mouvements islamistes en Somalie même.

Le seul ciment qui puisse agglomérer l’Iran chiite, le Soudan à majorité sunnite et l’Érythrée chrétienne, est la haine commune qu’ils nourrissent envers l’Occident, les États-Unis et bien-sûr Israël.

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