Ehoud Olmert inculpé pour corruption

Le procureur général de l’État d’Israël a annoncé, dimanche 30 août, avoir retenu trois chefs d’inculpation de corruption contre l’ex-premier ministre israélien, Ehoud Olmert. « Le dossier d’inculpation a été présenté aujourd’hui dimanche au tribunal de district de Jérusalem », indique le bureau du procureur général Menahem Mazouz, précisant que M. Olmert est accusé de fraude, d’abus de confiance et de non-déclaration de revenus. Sa secrétaire personnelle, Shula Zaken, est également inculpée.

En septembre, dans le dossier le plus grave, les enquêteurs de la police avaient indiqué qu’ils disposaient d’éléments prouvant que M. Olmert avait reçu illégalement de l’argent de l’homme d’affaires américain Morris Talansky. « L’enquête a montré que Talansky a versé d’importantes sommes d’argent en liquide et de façon illégale à Olmert pendant des années, au moins à partir de 1997 », alors qu’il était maire de Jérusalem, ministre de l’industrie et du commerce, expliquait le communiqué de la police.

Le premier ministre a déjà admis avoir reçu de l’argent de M. Talansky, mais clame son innocence. Morris Talansky a quant à lui reconnu avoir versé 150 000 dollars sur quinze ans à l’homme qui était alors un « baron » du Likoud. Des enveloppes de cash destinées à financer l’ascension de son poulain… et à régler quelques caprices. Le septuagénaire évoque des boîtes de cigares haut de gamme, des séjours dans des palaces new-yorkais, des billets d’avion classe affaire et même des vacances familiales en Italie pour un montant de 30 000 dollars. En échange, Olmert aurait favorisé les activités de Talansky.

« PROUVER UNE FOIS POUR TOUTE SON INNOCENCE »

L’ancien leader travailliste est également inculpé dans deux dossiers de moindre importance : le premier, dite Rishontours, porte sur des billets d’avion que M. Olmert se serait fait rembourser plusieurs fois pour lui-même et des membres de sa famille ; la seconde affaire pour laquelle M. Olmert devra rendre des comptes concerne des nominations de certains de ses proches à des fonctions au Centre d’investissement, un organisme officiel.

L’ancien premier ministre a réagi en se disant « convaincu d’être en mesure de prouver une fois pour toute son innocence » devant la justice, selon un communiqué diffusé par son porte-parole, Amir Dan. Dans ce texte, le porte-parole de M. Olmert a relevé que deux affaires concernant son client « avaient débuté avec de grandes manchettes et avaient duré des années pour, en fin de compte, s’achever avec rien ». En juillet, le procureur général avait décidé de clore, faute de preuve, l’affaire dite de la rue Crémieux, dans laquelle M. Olmert était soupçonné d’avoir acheté un appartement dans cette rue huppée de Jérusalem, alors qu’il était maire, en bénéficiant d’un important rabais et d’avoir en échange aidé l’entrepreneur à obtenir des permis de construire dans cette zone. Une autre affaire de trafic d’influence le concernant, alors qu’il était ministre de l’industrie et du commerce en 2005 et qui concernait la vente des parts de l’État dans la Banque Leumi, avait été abandonnée en décembre 2008.

ENDURANCE EXCEPTIONNELLE

L’accumulation des dossiers, suivie d’un désaveu de l’opinion et de sérieux tiraillements au sein de la coalition au pouvoir, avait eu raison d’Ehoud Olmert à la fin de l’année 2008. Le 21 septembre, le premier ministre avait annoncé sa démission, rendue effective le 31 mars avec la désignation de Benyamin Nétanyahou comme chef du gouvernement. Depuis, il s’est retiré de la vie politique.

L’ancien maire de Jérusalem, intronisé premier ministre en mars 2006, avait fait preuve jusque-là d’une endurance peu commune. Ni le rapport de la commission Winograd qui a pointé son « échec sévère » dans la conduite de la guerre au Liban durant l’été 2006, ni les enquêtes de la police dans une demi-dizaine de dossiers dans lesquels il est accusé de favoritisme et d’abus de position, ni encore les agissements controversés de deux de ses plus proches collaborateurs, l’avocat Uri Messner et sa secrétaire Shula Zaken, n’avaient entamé sa carapace.

C’est la première fois qu’un ancien premier ministre est inculpé en Israël.

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