Il y a 87 ans : le premier « Livre Blanc »

C’était le 3 juillet 1922, jour où le Gouvernement de Sa Majesté entamait un virage historique dans sa politique en Palestine, et tournait délibérément le dos à la Déclaration Balfour de 1917.

Dans le tristement célèbre « Livre Blanc », Churchill présentait la nouvelle politique de la Grande-Bretagne dans le cadre du Mandat que la Société des Nations lui avait confié sur la Palestine. Ce changement avait été imaginé après la visite du ministre en Palestine en 1921, lors de laquelle des émeutes sanglantes avaient été provoquées par les Arabes. Dans une attitude qui a fait école depuis à travers le monde jusqu’à devenir un réflexe, les Britanniques décidèrent que pour « préserver le calme et la tranquillité ainsi que leurs intérêts dans la région, il valait mieux ne pas irriter les Arabes et adopter une politique qui leur soit favorable ».

Dans le premier « Livre Blanc », trois points principaux furent évoqués : premièrement, le gouvernement anglais réitérait son intention d’appliquer la Déclaration Balfour, mais en annonçant aux Arabes « que le Foyer National Juif ne s’étendrait pas à tous les territoires prévus par ladite Déclaration ». Deuxièmement, la quantité de Juifs autorisée à entrer en Erets Israël serait limitée, afin de ne pas porter préjudice économiquement à la population arabe locale. Enfin, tout le territoire se trouvant à l’est du Jourdain ne serait plus concerné par la Déclaration Balfour, et deviendrait un Royaume arabe. Ainsi d’un jour à l’autre, 70% de la Palestine historique était séparé du reste pour créer un royaume artificiel, la Transjordanie, afin de « consoler » l’Emir hachémite Abdallah de ne pas avoir obtenu son « grand royaume arabe » dans la péninsule arabique, confisquée entre temps par la dynastie des Seoud. « En cette belle matinée », raconte Churchill, alors Ministre des Colonies, dans ces mémoires, « d’un trait de plume, j’ai créé la Transjordanie ». Et d’un trait de plume, il a contribué à créer une situation insoluble dans cette région, avec toutes les conséquences que nous payons encore aujourd’hui !

Avant de présenter ce document au Parlement britannique, Churchill le soumit à l’Organisation Sioniste et aux représentants arabes. Dans un scénario qui pourrait se dérouler encore aujourd’hui, les deux délégations réagirent très différemment : les délégués sionistes, dirigés alors par le Dr. Haïm Weizmann, commencèrent par protester surtout contre le 3e paragraphe, accusant la Grande-Bretagne « d’avoir volé une grande partie du territoire qui était consacré au Foyer juif », mais finalement, par « pragmatisme », ils avalisèrent le texte. Le Arabes au contraire, refusèrent le moindre partage du territoire restant, à l’ouest du Jourdain, avec les Juifs. Ils renvoyèrent Churchill à sa copie, et firent revenir leur délégation depuis Londres, en signe de mécontentement.

Dès lors, les Arabes eurent confirmation que leur manière de faire pression sur les Britanniques était la bonne : semer des troubles et faire couler le sang, afin d’en récolter des fruits sur le plan politique. Cette manière d’agir n’a pas changé depuis lors. Les Britanniques poursuivirent leur politique du « Livre Blanc », en en publiant un deuxième, en 1930, également après des vagues sanglantes arabes (1929), dont le tristement massacre des Juifs de Hébron, et un troisième, avec une portée beaucoup plus tragique, en 1939, après la Grande Révolte arabe de 1936, et qui fermait la porte d’Israël aux centaines de milliers de Juifs qui tentaient d’échapper aux griffes nazies.

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